Ne cherche plus dans la mystique des viscères éventrées de veaux blancs la cause de ta funeste frigidité. Le vol des vautours, et les danses végétales n'ont pas de vertus curatives. Ton coeur froid planté entre tes cuisses est le coupable idéal. Froid comme une neige d'hiver. La glace amère ne réflechit pas tes yeux morts. Les cadavres dansent et tu cherches ta vaine existence dans le désir tiède des bas-ventres frileux.
Petit enfer de givre, tu rêvais d'incendie et de braises au fond des yeux de jade.
Ta langue pendue sans extase au profond des palais de luxure. Tes lignes électriques bien droites, bien blanches. Ont le blanc des drapeaux. Ceux de l'abdication. Tu crois le givre fondu sous la sueur animale. Lèche, tu n'es pas flamme. A peine femme.
Funambule lestée de potions magiques et d'amulettes tu trébuches sur le baluchon oublié. Celui des souvenirs perdus. Des douleurs endormis. Le volcan a vomi ta morale délicieuse sans grumeaux. Promis, juré, craché. Vomi. Pour souiller les promesses sans croiser les doigts. Juste les cheveux au vent.
Comment tu sors toi de sous un ciel barbelé sans te couper le corps ? Moi je n'y arrive pas tu sais, moi je reste crucifié là haut, prostré comme une bête qui attend le coup de hâche.
Ne viens pas, je n'avais pas de bec et ils m'ont cloué là. Etendu en haut je dois ressembler à un ange vu d'en bas. Rassure toi, ils ne voient pas mes cornes. Tu me décrocheras dis, l'âme en lambeaux se suffisait sans qu'on vienne mutiler le corps. Tu penses qu'en bas la pluie brassera le sang pour des méandres rougeoyants ? Que je ne meure pas trop loin de notre mère la terre. Avec une échelle qui coule des poignets. Rouge, parce que tu aimes le rouge ou parce que l'étoile sur mon poignet est rouge-noire ?
Tu sais, j'ai peur de mourir seul. Que la chape de plomb étouffe mes cris. Comment je te parle moi depuis l'enfer ? Et puis tu verrais mon âme flotter devant toi pour te garder des dragons et des sortilèges ? Et quand tu regarderas le ciel, et qu'une étoile brillera plus forte que les autres, tu croiras quoi, toi ? Que l'étoile du berger a accouché d'un mouton ? Si une étoile brille, ce seront mes dents serrés, mon teint écarlate juste que tu te souviennes de moi, un peu. Tu perdras tes doigts -Oh pas pour toujours, juste le temps de m'envoyer des dessins- dans le ciel pour les arabesques de ton coeur ? Et ils coureront sur le piano pour se rappeler un peu de moi. Les morts ont besoin d'offrande. De la mémoire surtout, des morceaux entiers de mémoire et pas de fleurs. Je ne sais pas si mon allergie survivra.
J'ai peur du noir. J'ai peur loin de toi. Avant que je m'en aille on dira que le crépuscule est vert d'accord ? Je ne te donnerai pas la clef et tu cabosseras ma tête pour voir les cercueils et les déambulations du petit bonhomme qui se presse dedans ? Il te donnera la gouache verte et pour le bleu on fouillera tes yeux. Juste un peu. Ils sont si beaux que le ciel en veut un peu. Pour se maquiller quand il est trop gris, et prendre rendez vous avec le soleil. Ou se baigner. Je n'ai pas bien compris.
Ils sont amants, je crois. C'est ma soeur qui l'a dit. Haute comme mon pouce et qui fait déjà des promesses pour la vie qui dure toujours. Elle a des étoiles dans les yeux, mais moins que moi quand je te sais près de moi.
Il y a un petit univers, avec ses forces, ses pressions, ses attirances et ses répulsions dans mes doigts. Tout en lecture rapide. Alors il y a des cataclysmes, des soubresauts. Je n'hoquète pas de mes cadavres, ou pas encore. Les étoiles implosent, explosent, la matière se , se brouille, s'assemble. Et puis de nouveau. Mon univers danse. Je demanderai aux physiciens d'étudier mon trou noir. Ne rougis pas voyons, rien d'uraniste, je parle du trouble qui m'agite, qui fait rôter mon coeur.
Personne ne crochète le grillage. C'est un peu pénible, d'être suspendu dans le vide sans personne pour payer l'apéro. Tu as beau héler, personne ne te répond. Les nuages filent, ils sont pressés. Ils discutent de la pluie et du beau temps. De la pluie surtout. Ca les aide à supporter leurs journées chargées de tristesse. Ils ont pleuré tout à l'heure. Un peu à l'écart des autres, un peu comme une répétition générale avant l'orage. Je crois que c'était un peu pour eux, un peu parce qu'ils se sentent enola gay de noyer des enfants sous leurs little boy.
De là haut la vie n'est pas différente. De là haut, on ne voit que tes yeux.
On aura qu'à s'envoyer des images blanchies à narguer la frénésie, à s'envoyer des folies kinesthésiques et s'en foutre de s'en foutre. Balancer par terre surtout la violence du bourreau, piétiner, écraser. Suinter à s'en rendre pantelants. Etouffer des orgasmes soudains.
La souffrance toi tu connais. Se camer à s'esquinter. Se calmer en se rayant les dents sur des miroirs pourris. La plus belle est blanche. Neige ? Froide comme une lame de couteau entre tes yeux ambulants. Tu la sens là ? Tu sens le froid métal dans tes muscles chauds ? Ne dis rien. Laisse moi savourer cet instant. Du délice ? Tu te crois intense ? Tu crois faire bander le débandeur ?
Décrochage facile. Direction la gare, surtout les rails. Peu importe lesquels, consomption assurée. Suicide maitrisé. La classe, et sans instituteur instituant.
Se raccrocher à tes veines et écorcher les miennes à voir la vie déambuler sous la peau morte et se dire qu'envie c'est mieux qu'au lit.
Rigole, sussure. Et marche moi sur les pieds, on a cousu mes yeux de toutes façons. Alors ils n'hurleront pas. Ou qu'à la mort. Promis. Juré. Craché. Vomi ? L'alcool tu sais, l'alcool dans nos maux pour les rictus, le parfum dans les plaies, pour que la douleur exulte d'ineffables saveurs. Tu le savais toi, que j'avais un geyser dans la poitrine et un volcan sous le crâne ? Désolé si tu brûles, je croyais ta peau ignifugée après que tes ailes furent embaumées. Tu ne m'en voudras pas ? « Juste ce qu'il faut pour te battre et nous ébattre mon amour. Arracher tes chairs, quand la tienne sera plongée dans la mienne ». Frémis ma mie. Javelot de feu entre tes reins mouillées. Le désir incendiaire.
Je te retrouverai, au carrefour de la débauche. Dédale à 4 pattes. Ou détale à 8 murs. J'ai voulu arracher ton coeur, je n'ai trouvé que des viscères éventrées et de la chair fanée. T'es pendue mon amour ? A ne pas trouver les mots on crève trop vite. Rassure toi, de vains tombeaux attendent encore ton creux cadavre pour résonner sans raison. Petit coquillage du vide. Et cracher des étoiles telluriques. Ouais, de la trempe de celles qu'on coule dans le béton d'Hollywood Boulevard. Les stars ne brillent plus mon amour. Les stars sont feues. Et puis lâche cette pancarte.
L'anesthésie ou l'hépatite C ? Les deux, je crois, les deux au bout de l'aiguille. Tourne, et tourne, ce n'est pas un champ de paille, personne n'est taxidermiste dans la salle ? Alors chantons. Arrache les planches, on fera des radeaux pour survoler New-York City sans s'écraser dans les fous. Endors toi contre mon sein que la vie s'en aille, qu'on soit saints, ou ceints de nos amours meurtris.
Accroche moi un totem et danse à tendre les corps. Surtout l'incantation chamanique pour la théurgie. « Ouh », mon amour tu n'es pas louve à peine love. Je veux être Dieu, tant pis s'il me faut un escabeau pour manger des nuages, et si je ne vois pas dans la brume. J'aurais voulu tes yeux gris pour voir les port de l'Atlantique. Outre-outrée c'est l'Amérique.
Et puis on mangera la brume comme de la barbe à papa ? Parce que la vie est une fête foraine. Prends ma main dans un grand huit. Après l'extase la descente ? A moins que ce ne soit l'ecstasy ? Des montagnes russes mentales, tu m'offres la même chose entre tes reins fous ? Les mêmes frayeurs, les mêmes sueurs ? Arrache moi les gouttes et pas que sur la peau, fais les cracher à s'épuiser de pleuvoir blanches.
Oh ouais, on est cliché mais de velours s'il vous plaît ! Rouge, pour s'allonger et se croire roi et reine aux manteaux d'hermine ? Et ne me confondez pas avec la pancarte que je dresse sur mon crâne, pardi, je ne manifeste que de l'hostilité, que du mépris. Les saveurs sont dans les poches trouées de cailloux blancs et de mie noire. Et pain béni/
L'amante est sombre, l'amiante aussi. Tu es un peu des deux.
Tu croques les tableaux ? Ou les mitaines. Ne dors pas Croque-mitaine sous ton lit.
Saisir ta chevelure, marteler ton crâne creux sur le sol dur. Frémir d’extase aux fêlures dans ta voix, aux fractures et commotions physiques. Te faire tournoyer pendant que tu halètes. Lâcher. Admirer les ricochets de ton corps meurtri sur le pavé froid. Danser, danser, et voir valser tes humeurs en bruine d’automne. Tu les sens ? Ces os brisés qui obstruent ta respiration. Crache mon amour. Ce sera sanglant. Je ne t’aimais pas chérie, ce que j’aimais c’était ta douleur, ton mal-être.
Adieu cousin.
Je ne t’ai pas oublié cousin. Je ne venais plus, mais tu toquais à mon cur bien souvent. Tu étais là, au-dedans, toujours. Et tu y resteras, je ne te laisserai pas partir. Et les souvenirs. Te souviens-tu ? Les jeux-video, la malbouffe et les rires à deux balles. T’étais trop vieux pour être un ami, mais t’as toujours été un copain. Et « les copains d’abord ». T’es parti le premier, comme dans la chanson. J’aurai préféré que toi aussi tu sois l’insubmersible le « Ses fluctuat nec mergitur ».
Tu sais, j’ignore où tu te trouves maintenant. Si tu peux me lire, si t’entends les battements d’un cur meurtri qui murmure ton nom. Il ne peut pas le dire plus fort. On s’était un peu fui cette dernière année. Je vivais et tu mourrais. Ca me désole. J’ai dérogé à mon devoir, celui d’être là, celui de recueillir tes souffles. Mais il y en avait une autre, il y a elle que j’aime. Et j’ai choisi cette vie, alors que je t’oubliais doucement.
J’aurai préféré qu’on se retrouve au détour de la vie, quand celle-ci aurait apaisée ma jeunesse si peu fougueuse. Mais la mort a décidé, elle a tranché dans le vif. Du vif mort.
Aujourd’hui j’y étais, j’écoutais avec colère leurs larmes. Tous ceux là que tu n’aurais pas aimé, tous ceux là que tu n’aimais déjà pas, à raconter ce qu’ils n’ont pas su, à t’avoir découvert malade, à t’avoir détesté.
C’est vrai, t’avais un caractère de chien, un égoïsme qui a balancé ta mère par terre. Comment leur expliquer que toi tu voulais croire que t’allais bien ? Qu’être debout le lendemain de l’intervention, que te marrer les perfusions plein le corps, c’était ta nique à la mort, c’était dire « je suis en vie, j’ai envie ».
Ils n’ont rien compris.
Ceux là que tu avais entraperçus dans les dîners de famille auxquels t’allais même pas, qu’on organisait même pas. Celui là qui me racontait « il était comment ».
Et moi je n’ai pas pu voir ton corps apaisé, je n’ai pas vu cette chape qu’est la mort t’ensevelir. Juste le sable. Son ploc-ploc régulier en musique militaire à m’en arracher les tympans. Je pouvais juste pas croire que c’était toi dans cette boite, toi qu’on enterrait frappé d’un croissant.
Et puis, y avait cette litanie pour un paradis auquel tu croyais même pas, les prières de ces inconnus chialants. Ils récitaient leur doctrine apprise pieusement, sur les cadavres victimes de leur foi, sur ton cadavre aussi. Un dieu auquel t’as toujours voulu échapper. Avant que peut-être il te condamne.
Je ne crois pas au paradis céleste et tout le tintouin des anges et leurs trompettes mystiques, mais qu’il y ait quelque chose après, que l’esprit ne s’évapore pas avec le corps, oui j’y crois. Et farouchement.
Je t’aime cousin. Excuse moi. Adieu cousin je t'aimais bien comme aurait pu chanter Brel.
" Je ne sais rien de gai comme un enterrement !
Le fossoyeur qui chante et sa pioche qui brille,
La cloche, au loin, dans l’air, lançant son svelte trille,
Le prêtre en blanc surplis, qui prie allègrement,
L’enfant de coeur avec sa voix fraîche de fille,
Et quand, au fond du trou, bien chaud, douillettement,
S’installe le cercueil, le mol éboulement
De la terre, édredon du défunt, heureux drille,
Tout cela me paraît charmant, en vérité !
Et puis tout rondelets, sous leur frac écourté,
Les croque-morts au nez rougi par les pourboires,
Et puis les beaux discours concis, mais pleins de sens,
Et puis, coeurs élargis, fronts où flotte une gloire,
Les héritiers resplendissants !"
Paul Verlaine.
Les murs, sont les vestiges de civilisation passée, des ruines qu’on contemple en silence. En larmoyant parfois. Il en reste toujours des morceaux, des réminiscences ci-la. Au fond de soi, tous érigeons lentement ce mur, pierre par pierre, avec du bon ciment, du bon plâtre de solides briques. Souvent, c’est un de lamentations, aux espoirs déçus, aux bouts de papiers éparpillés. Ils étaient les volontés et les résolutions. De celle qu’on trahit.
Nos murs, croit-on, nous protège des autres qui ne trouvent pas de portes, pas d’entrée, pas de tunnels. Parfois on lance une corde, les yeux clos, comme pour traverser une poutre. Qui viendra ? Le bon, la bonne, nous assure nos murmures. Toujours trahis.
Les murs portent, portent des messages, des visages, des maisons, des envies. Aussi, quand les curs sont encore jeunes, les esprits assez vivants ou vifs, on y enlace des prénoms, dans un cur maladroit. Et naïf l’on rie « à l’amour à la mort ». Bien vite on ne respire plus, étouffés dans le magma des reproches, des incompréhensions, des secrets. « No exit ». On peut être condamné sans procès. Trahison.
Le temps, ménagère méticuleuse, frère siamois de la mort aussi, balaie tout. Les souvenirs heureux d’abord et le tout se déchiquette, ou s’effiloche. Petite neige d’été. Quand, ils survivent, ça n’est que pour se rappeler à ce qu’on a perdu, et le désirer si fort qu’on s’y perd. On ne rattrape pas le temps perdu. Les trésors perdus non plus.
Le naufrage des heures qui coulent tout sombre en définitive. Le papier brûle, l’encre se dilue, les curs cessent de battre pour peu qu’ils aient déjà battus. Avant. Un jour ?
Le bonheur, lui, on le jure, la flamme dansante au fond des yeux, « c’est demain ». Pour faire plus vite, et abréger cet enfer qu’est l’attente, partout j’écris « le bonheur c’est maintenant ». Mais demain ne vient pas. Tragédie, d’un peuple à l’aurore crépusculaire. Etre au lendemain de quelque chose, sans être à la veille d’une autre. Cruelle destinée. Peuple, moutonnant, bêlant, aux appels. Suivant ses chefs, troquant sa liberté contre sa sécurité. L’on préfère être égaux dans la misère, l’horreur, et la mort que libres et différents.
Il est temps camarade, d’assumer sa voie, de choisir son demain, de creuser les sillons où couleront les rires, et de laisser à la chaleur du bonheur le temps d’évaporer les larmes. Temps, enfin, de soulever cette chape de plomb. Certes nacrée de blanc. Repeindre l’horizon aux couleurs de l’espoir. Crever les bulles, mêmes pastelles qui ne sont que des apnées terribles !
La nuit éternelle, certes étoilée, a tué le jour et la renaissance. Il est temps de s’en défaire. De briser les habitudes, d’éviter soigneusement les pas des autres, des précédents, des suivants ! Nous n’avons pas les mêmes pointures. Soyons des nains sur des épaules de géant, et dansons, dansons
La terre, le sang sous les ongles. Juste des cadavres, aucune plage, aucune espèce d’espérance. Le cimetière aux souvenirs et ses bruits terrifiants quand très tard les dernières lueurs du jour s’entredévorent, que la bise forcément fraîche s’enfonce dans l’estomac. Coup de poignards dans l’abdomen fragile. Vomis Vomis, Vomis. C’est parler, de répandre ses grumeaux de mots. Tu es contracté, comme sous l’espèce d’un étau à corps humain, tu sens ta tête se décapsuler, les bulles commencent à monter à ta tête qui ne connaît plus ton corps. Et pshiit
La mélodie de la vie a vieilli, et dans le sursaut des vivants guettés par la mort, la voici muée en requiem absolu, aux notes volantes, enflammées passionnées. Un récital et, dans l’air, passent toutes les figures de la beauté, et claquent au plafond. Et dansent, dansent, pour mieux s’éteindre ! Le son voyage, puis s’éteint. Funeste destin. La dernière corde cède, la lyre se meurt.
Faux divine attends moi !
Le cur est une meurtrissure, un membre à blesser, écarteler. Souffrir c’est vivre, l’exciser c’est mourir. Cliché *Flash*. Instantané de velours sur peaux de moutons.
I am dead, and darling I FUCK YOUUUUUUUUUUU !
C’était une histoire fragile, comme on en trouve au milieu des romans, une histoire banale, comme on en trouve dans les faits divers.
Le journal la relatera comme ça « Mr X jeune adulte de son état, a poignardé sa compagne avant de se donner la mort, les deux corps ont été retrouvé par la voisine alerté par l’odeur affreuse des miasmes »
Personne ne comprendra, que plus rien n’allait dans un couple qui avait tout pour aller. Aller bien. Aller de l’avant. Oui, mais ils ont calé, ils n’ont jamais su démarrer et prendre l’autoroute. A pied, ou plutôt en bottines légères, tout flirtait avec la perfection, on désirait, on imaginait l’auto rutilante, la boite de vitesse, les cahots de la route. Mais voilà, la voiture, n’a jamais goûté aux immensités de la route, elle est restée les roues coincées dans le marais, le moteur opprimé par les remous de l’amour déçu.
Et puis, personne n’avait le permis pour vivre comme les grands.
C’était un fait divers, un crime passionnel. Il a laissé ses empreintes sur le couteau et tracer des curs ensanglantés, pour dire l’indicible, pour murmurer son amour fou qui l’a rendu fou.
Je te l’avais pourtant dit, que j’aimais à en crever. Et j’ai crevé, comme notre auto cabossée.
Aimer à en mourir, aimer à tuer, ce n’est pas plus une métaphore trop jolie dans leurs yeux qu’une hyperbole à la courbe mathématiquement parfaite. Aimer à en mourir rime avec ramer à rire, pour se moquer. Un pied de nez aux conventions.
La cause funeste s’imprimera à côté d’un chien écrasé. Peut être le gras d’un beignet recouvrira la nouvelle. Peut être pas.
« Les lésions profondes emportèrent leurs âmes abîmées de l’autre côté du fleuve ».
Progressivement un mur de pierre et de silence s’était bâti entre les deux amants au mal furieux. Eux pensaient poser à chaque jour les briques de leur avenir, mais sous la sueur, les larmes et le sang, la paroi de verre grandissait. Grandissait, toujours plus.
Et, au moment de se prendre dans les bras, on ne voyait que soi, soi et son reflet atroce, soi et sa mine triste, exsangue des câlins.
C’était un rendez-vous manqué avec la vie, un qu’on ne rattrape jamais. La vie ne leur a pas laissé son numéro de téléphone pour y revenir. Trop tard. Un nouveau rendez vous est pris, au bout du poignard, du couteau, du cutter de tout ce qui pourrait trancher, découper, affiner, néantiser la pauvre existence. Car les misères de l’existence fondent la douleur solitaire, la douleur sans partage. Ce secret pénible, qu’on ne veut divulguer sous prétexte de grandeur de son âme.
Ils sont morts l’esprit courageux à leur sens, avec le tombeau comme rempart ultime aux afflictions du cur gardées masquées. Ils sont morts en se mentant. La douleur n’est jamais sacrée, ou digne, elle ne peut qu’être pénible. La symétrie à « ne pas partager », la seule existante alors serait « ne pas faire confiance ». Les deux vont de pairs. Ce sont les grands amis, les seuls fidèles qui ne se trahissent jamais, les frères siamois de la langue française.
Elle est partie la première pour lui montrer son chemin, pour tirer la langue, claquer des doigts et glisser sur les étoiles mourantes. S’éclairer à la lueur de tes yeux immenses. Et vivre, vivre d’être mort, ivre d’être las
ET enfin être dans le néant des âmes perdues, se consoler de n’avoir pas vécu.
Quand mon cur est sorti de sa boite à mystère, qu’il a défait toutes les intrigues nouées autour de lui, briser chacun des barrières métalliques qui l’empêchait de battre. J’ai vu mon horizon, mon lointain. Il ne s’habillait que de ton visage, tu sais. La fuite apparaissait comme le devenir, elle poussait pour échapper aux ténèbres, elle poussait pour qu’on découvre les villes bleues et les larmes douces. Tu sais, quand le soir le ciel s’assombrit, qu’il laisse planer une chape rose bonbon sur l’infiniment grand, il y a ton regard qui jaillit. Des yeux bleus qui apparaissent partout, pour embaumer les curs fragiles et fatigués. Ce sourire qui se pose sur mes blessures, n’est pas « cautérisant », parce qu’il y a des plaies qui ne se ferment jamais. Tirer sur les longues manches élastiques d’un pull-over noir ne cache rien. Les blessures coulent le long des larmes et la nudité, alors, naît au fond des yeux. Là où rien ne se cache. Où tout casse.
Il y a des cicatrices aussi, à côté des plaies immortelles. Pour se souvenir, par « devoir de mémoire », elles s’avivent et rougissent parfois. Quand le passé est présent. Quand le passé est avenir. Les souvenirs, s’étalent, s’allongent, s’étirent dans les crânes, et ils cognent pour faire la mélodie des désespérés. C’est le chant des damnés du cur, des parias, des incapables des bienheureux. Toc-Toc. Le crâne est choqué, sous ce bruit, par ce bruit, alors on dit de toi « qu’elle est toc-toc ». Laisse les, à leur insensibilité. Toi tu es grandiose, magnifique, tu fais l’horizon et tes mots sont le baume de la détresse.Comme un message d’espoir sous les ruines d’un monde las d’être immonde.
Quand je me réveille en pleine nuit, il suffit de regarder ton visage paisible et d’écouter ton souffle régulier, pour calmer mon cur trop emballé, pour rafraîchir les idées trop sombres de cette nuit trop longue. Et je m’accroche à toi pour la certitude que tu sois, pour être sûr d’être moi-même.
Tu aurais pu être une vue de l’esprit, une abstraction, un idéal qu’on dessine, dont on découpe les coins trop anguleux, les informités pour obtenir une merveille secrète, cachée. Mais non ! Tu es bien là, avec ta voix tremblante et ton assurance assassine ! Tu es bien là, fragile comme une maison de verre et forte comme un cur d’or. Sur lequel j’ai frappé trois coups, trois grands coups pour être sûr qu’il serait toujours, qu’il ne disparaîtra pas à la moindre faiblesse, qu’il ne s’écroulerait pas à la moindre anémie. Et même exsangue, même le visage livide tu étais là, quelque part. Peut être respirant un masque sur la bouche, peut être haletante
Et puis, et puis :
On aura une maison au sommet d’une montagne, pour s’élever tous les jours le corps et l’âme.
Et j’ai peur, peur que tu partes, de n’avoir comme écho à mes mots qu’un effroyable « Bip Bip » dans une chambre d’hôpital peinte à la va-vite. Attendre, près de toi, que les bourrasques gelées muent en sirocco brûlant qui ferait sortir l’âme de sa torpeur
C’est que parfois, tu es dans cette léthargie inquiétante, vidée de substance, prête à tomber et qui ne tient que grâce aux ficelles qu’elle a dans le dos. Petit pantin de cire qui fond, qui fond sous les baisers trop brûlants.
Et tu traverses des poutres les mains nouées, les yeux clos avec les sachets de malheur autour de la taille « pour l’équilibre ». Ils sont à toi, et personne ne les ouvre. Ce sont tes cahiers charmants, aux lignes droites, aux pleins et aux délies étroits. Ton mystère à toi, ta boite à secret, qu’on ne viole pas, où on ne vient pas. C’est la « mimi zone ».
La douleur remonte parmi les secrets, et petit océan de bonheur tu sais moi je me noie
J’ai redécouvert mes larmes. Le goût salé, qui sucre l’âme. Parfois amer, loin des océans de torture du moins. Dans ses bras, elles ont coulé, naturellement. Les yeux ont craqué. La digue a cédé. Ouragan de détresse. Ne balaye que les cils. Emporte les cimes, et délivre moi Ah l’amer de mes souhaits. Mon trésor tapi, mon avarice trompée, mes perles dérobées, perdues le long des joues. Ce n’est pas le feu du volcan trop vieux. Non. Plutôt cette renaissance de nos sources taries. L’éclaboussement majestueux qui vous étend là, vous relève et rouille les barbelés de l’âme. En dessous d’eux les plages, l’infini, l’océan, la liberté.
J’étais prisonnier de mes codes, tu as ouvert ma prison de verre pour briser mes os en verre ?
Tu m’as appris à naviguer. Mon bateau ivre ne tangue plus, et quand ça cale se remplit d’eau l’on écope à la force de nos bras, sous les ecchymoses et les douleurs intenses.
Vivre. Cataclysme.
Petit feu de mes reins, reine coquelicot, plume de paradis.